Sur un texte égyptien relatif au mouvement de la terre
par F. Chabas.

[Extracted from ZA, December 1864, 97-103.]



Les innombrables monuments recueillis dans la Vallée du Nil, ceux qui sont encore debout sur ce sol fameux et qui en fout l'un des sites les plus intéressants du monde entier nous obligent a concevoir une haute opinion du degré d'avancement auquel les anciens Egyptiens avaient porte les sciences et les arts. Nous y trouvons la preuve convaincante que ce peuple possédait de grands architectes, des sculpteurs habiles et des artistes auxquels étaient familiers les procèdes du dessin, de la peinture et de la gravure des corps durs: ils savaient exploiter les minerais, fondre les métaux et les utiliser, ainsi que les pierres précieuses. dans la décoration architecturale et pour les objets de parure.

Dans le champ des sciences exactes, il y a lieu de penser que les Egyptiens avaient développe la géométrie et l'arithmétique. C'est chez eux que Pythagore en aurait étudie les Cléments1. Au dire de Strabon, ils se donnaient eux-mêmes pour les premiers inventeurs des lettres, de l'observation des astres et de la géométrie2.

Cependant, à l'égard de l'astronomie, l'antiquité a inclina vers l'opinion qui attribue aux Chaldéens l'invention et les premiers progrès de cette science. Cette opinion est encore aujourd'hui assez généralement acceptée.

Cette supériorité des Chaldéens ne repose pas toutefois sur des données historiques précises. On ne peut, en effet, ranger sous ce titre les prétendues observations faites pendant les 450 siècles des dix rois antédiluviens, ni les quinze myriades de Bérose, ni même la série d'observations que Callisthène envoya de Babylone ä Aristote, et qui embrassaient une période de 1903 ans.

Ce n'est guère que depuis la fondation de l'école d'Alexandrie que l'étude des phénomènes Célestes parait avoir revêtu le caractère d'une science méthodique, appuyée sur des observations précises; du moins les témoignages de l'histoire ne nous permettent pas de retrouver ce caractère ä une date antérieure. Quoiqu'il en soit, il est certain que l'école d'Alexandrie utilisa un certain nombre d'observations d'origine chaldéenne; Ptolémée, entre autres, cite sept éclipses de lune notées ä Babylone entre l'an 720 et l'an 367 avant notre ère. Tel est le titre le plus sérieux qui nous soit reste de la réalité de la science des Babyloniens. Aucune Observation égyptienne ne nous a été conservée par les classiques: — 98 — cependant ils rendent témoignage du soin avec lequel les Egyptiens avaient, de toute antiquité, observe les mouvements des corps Célestes3.

De ce silence de l'histoire sur les observations astronomiques des anciens Egyptiens, il ne faut pas se hâter de conclure ä l'ignorance de ce peuple en matière d'astronomie. Nous pouvons apprécier aujourd'hui combien l'antiquité classique a été inexactement informée sur l'histoire, la mythologie, les mœurs et les usages de la terre des pharaons. Rien ne nous porte ä admettre qu'aucun des auteurs grecs qui nous ont parle de ce pays ait connu la langue égyptienne; il est, au contraire, permis d'affirmer qu'ils l'ont tous ignorée, par le motif que, dans les renseignements qu'ils donnent sur cette langue et sur l'écriture hiéroglyphique, on s'aperçoit qu'ils n'ont point eu la moindre idée de son caractère principal, qui est le rôle phonétique du plus grand nombre des sigues. La partie symbolique de l'écriture, qui n'est qu'accessoire, les a seule frappes, et ils se sont évertues ä en donner des explications qu'ils ont généralement puisées dans leur propre imagination.

A raison de cette ignorance de la langue, les philosophes et les voyageurs qui ont visite l'Egypte dans l'antiquité durent accepter toutes les erreurs de leurs interprètes et substituer souvent leurs appréciations personnelles aux informations qu'ils ne comprenaient qu'imparfaitement. Aussi, les rapports qu'ils nous ont laisses offrent-ils un singulier mélange de vérité et d'erreur, contre lequel il faut se tenir constamment en garde. C'est ainsi par exemple qu'ils nous ont affirme qu'en Egypte les femmes ne pouvaient être prêtresses d'aucun dieu ni d'aucune déesse; qu'on n'y mangeait ni froment ni orge; qu'il n'y avait pas de vignes dans le pays et que c'est pour ce motif qu'on y buvait de la bière; que Rhampsinite descendit vivant aux enfers et joua aux des avec Cérès; que Chéops régna longtemps âpres Sésostris (Ramsès II) et prostitua sa fille dans un Heu public pour subvenir ä la dépense de la construction de la grande pyramide; et cent autres énormités qui défigurent l'histoire. Indépendamment des faits radicalement faux, il y a les faits mal compris; tel est par exemple le prétendu tribunal de quarante juges dont la sentence pouvait priver les défunts des honneurs de la sépulture habituelle. Diodore, qui nous a transmis ce renseignement, n'a pas compris qu'il s'agissait tout simplement du jugement de l'âme devant les quarrant-deux assesseurs d'Osiris; il a pris pour une réalité un fait purement mythologique. Il y aurait, des ä présent, un curieux travail ä faire sur les notions que les découvertes opérées dans le champ de l'égyptologie doivent faire disparaitre des livres d'enseignement.

Mais cette confusion de l'histoire n'est pas bornée ä ce qui a trait aux Egyptiens, et il est vrai de dire qu'il n'existe guère moins d'incertitude dans les informations que l'antiquité classique nous a transmises sur les autres nations de l'orient, et en particulier sur les Chaldéens et les Babyloniens. Pour ne pas sortir du sujet que nous traitons, nous nous bornerons ä rappeler combien sont contradictoires les témoignages relatifs ä la nature et a l'importance des notions astronomiques que Thales et Pythagore empruntèrent aux sources orientales. On a été jusqu'ä prétendre que l'école d'Ionie enseignait la sphéricité de la terre, l'obliquité de l'écliptique et la véritable cause des éclipses, et qu'ä ces notions importantes, l'école d'Italie en ajouta deux autres: le mouvement quotidien de la terre sur son axe et son mouvement annuel autour du soleil. Mais, en même temps, on s'aperçoit — 99 — que les opinions les plus disparates étaient attribuées aux principaux personnages de ces deux écoles célèbres. Thales et les stoïques croyaient, dit Plutarque, que la terre était ronde comme une boule, mais Anaximandre, 1'inventeur du gnomon et des cartes géographiques, la comparait ä une pierre en forme de colonne. Anaximène la représente plate comme une table; Démocrite la croit plate aussi mais creuse et Leucippe l'assimile ä un tambourin. L'opinion la plus générale était que la terre demeurait immobile; quelques uns es pendant, Philolaus par exemple, pensaient qu'elle se mouvait en rond comme le soleil et la lune. Héraclide et Ecphantus lui concèdent le mouvement mais nient qu'elle passe d'un lieu ä un autre.

Il est donc permis de douter que la connaissance des grands principes de la mécanique Céleste chez les anciens fut autre chose qu'une hypothèse hardie, fruit de quelques théories spéculatives n'ayant jamais forme les éléments bien combines d'une science méthodique. Teille est la conclusion que l'on doit raisonnablement tirer de données aussi contradictoires.

Mais, d'un autre côte, nous ne pouvons juger définitivement la science de Thales et de Pythagore, parccqu'évidement cette science n'est pas arrivée jusqu'a nous dans son intégrité; nous ne savons pas tout ce que ces deux grands philosophes apprirent des sages de l'orient; et lors memo que nous ne 1'ignorerions pas, rien ne nous prouverait qu'ils avaient eu une connaissance complète des sciences de l'Egypte et de la Chaldee, contrées dont la civilisation, au moins en ce qui concerne l'Egypte, avait précède leur époque de vingt siècles.

Il ne nous reste donc qu'a confesser notre ignorance sur ce point, comme sur tant d'autres dans le domaine de la haute antiquité, et à espérer que le déchiffrement des hiéroglyphes et des cunéiformes pourra nous fournir des renseignements plus authentiques et plus précis.

Malheureusement il ne nous est parvenu aucun des traites scientifiques de l'ancienne Egypte, sauf le papyrus Medical, l'un des trésors du Musée de Berlin. En ce qui touche l'astronomie, il existe quelques monuments du Nouvel-Empire où sont notes les levers de certaines étoiles. On sait que la fête du lever de Sirius était célébrée sous l'Ancien-Empire et les monuments prouvent aussi que l'année de douze lunaisons de 30 jours plus cinq jours épagomènes ou supplémentaires, était des lors connue. L'orientation exacte des faces des pyramides donne de l'ailleurs une haute idée des méthodes d'observation que possédaient les Egyptiens ä cette antiquité si reculée. Mais les représentations du cours du soleil qu'on trouve sur les monuments sont destinées à illustrer les dogmes de la mythologie égyptienne, en ce qui touche la renaissance quotidienne du dieu soleil, et non à figurer le mouvement de l'astre par rapport ä la terre; quant aux zodiaques on sait qu'ils sont de date relativement récente et que la science des Grecs en a fourni les données principales.

En somme les monuments ne nous apprennent rien de bien précis, et Mr. Brugsch, qui les connait bien, a pu caractériser la science égyptienne en la réduisant aux proportions d'une connaissance empirique fondée sur des données mythologiques plutôt que sur des observations scientifiques4. Toutefois je n'accepte pas comme définitive cette opinion de mon savant collègue; nous ne pouvons nous étonner, en effet, de rencontrer sur les — 100 — monuments religieux ou funéraires ou dans le Livre des Morts autre chose que des indications scientifiques. De ce que nous n'avons pas retrouve de traces suffisantes de la science antique, nous ne sommes nullement autorises à conclure que cette science n'existait pas. Peut-être de nouvelles trouvailles nous apporteront-elles bientôt des documents plus spéciaux ou plus explicites que ceux que nous possédons et que d'ailleurs, nous n'avons pas lus. Il est, dans tous les cas, fort sage de réserver son opinion.

Parmi les livres de l'ancien Egypte parvenus jusqu'ä nous, il en est quelques uns qui nous feront pénétrer assez intimement dans la connaissance des mœurs et des usages des Egyptiens. Je citerai, en premier lieu, le Papyrus Prisse dont j'ai rendu compte, il y a plusieurs années, mais qui attend encore un traducteur; un second manuscrit (Sallier II) contient les Instructions d'Amenemha I à son fils et présente aussi beaucoup d'intérêt. Il en est de même du papyrus de sentences du Musée de Leide (1. 15-44) et de quelques uns des papyrus de l'Ancien-Empire appartenant au Musée de Berlin. J'ai fait connaitre ces documents, au moins dans leur partie historique ou anecdotique, mais leur partie philosophique reste tout entière ä expliquer.

A défaut d'écrits spéciaux, c'est dans ces documents que nous pouvons espérer trouver des mentions de ce que pensaient les Egyptiens. Quelques-unes de ces mentions serviront peut-être ä élucider des points scientifiques. Malheureusement la tâche du traducteur présente des difficultés encore trop considérables pour l'état actuel de la science du déchiffrement. On peut bien se former quelqu'idée de l'ensemble, mais le sens d'un trop grand nombre de mots abstraits nous échappe pour qu'il nous soit possible d'aborder les détails avec autorité.

J'ai cependant découvert dans l'un de ces papyrus une phrase qui me parait singulièrement précieuse pour faire apprécier les opinions des Egyptiens sur le mouvement de la terre. Je trouve dans cette simple phrase d'un texte original tout une révélation, au milieu de l'incertitude dans laquelle nous laissent les autres moyens d'investigation, ainsi que je Tai fait ressortir dans l'exposition qui précède.

Elle se rencontre dans le papyrus No. II de Berlin5 et par une heureuse coïncidence le papyrus No. IV en offre un duplicata6. C'est par conséquent un texte doublement authentique dont la correction ne laisse rien ä désirer.

Donnons, d'abord, quelques explications sur le papyrus.

Le papyrus No. II de Berlin, dont le sujet se continue sur le No. IV, se rattache par son commencement au papyrus Butler du Musée Britannique, ainsi que l'a fait voir l'éminent égyptologue Mr. C. W. Goodwin7. En me cordant ces trois fragments on voit qu'ils racontent un fait de violence et de spoliation dont fut la victime un travailleur des champs [glyphs] de la part d'un agent au service d'un haut fonctionnaire égyptien nomme Meruitens. Le travailleur porta sa plainte à ce personnage, qui âpres en avoir réfère au roi, demeura Charge de l'instruction de l'affaire. Pendant la durée de cette Instruction qui fut longue et dont les résultats ne nous sont pas connus, parce que le manuscrit est incomplet, — 101 — le plaignant fut retenu loin de sa femme et de ses enfants, malgré les appels nombreux qu'il fit à Meruitens.

Ces plaintes, ces supplications du paysan et les réponses de Meruitens forment la partie la plus considérable du livre égyptien: elles remplissent une suite de discours souvent fort longs, dans lesquels sont invoques les principes de justice et de morale, ainsi que les sentiments d'humanité alors eu cours chez les Egyptiens. Comme on doit s'y attendre, le suppliant ne ménage pas les louanges hyperboliques pour attendrir le grand seigneur qui doit prononcer sur son sort.

Le fait historique est certainement vrai, mais il semble avoir servi de cadre à quelque littérateur égyptien, qui parait s'être complu ä développer un thème de doléances. Il est peu probable, en effet, que tants de longs discours qui touchent aux sujets les plus élèves de la science égyptienne, aient été l'œuvre d'un simple cultivateur.

La phrase, qui fait l'objet de cet article, commence l'un de ces discours. En voici la reproduction en hiéroglyphes avec la transcription en caractères coptes, selon le Système que j'ai définitivement adopte:

[glyphs]

[Coptic]

Ce qui se traduit sans la moindre difficulté. "Ce paysan vint le supplier, la septième fois; il dit: Grand Intendant, mon Seigneur, tu es le gouvernail de la terre entière; la terre navigua selon ta volonté; tu es le second frère de Thoth."

Pour bien se rendre compte de la portée de ce texte il faut se rappeler que les Egyptiens figuraient les astres sous la forme de personnages parcourant dans des barques l'océan Céleste. Dans l'étroite vallée du Nil, où le fleuve formait la grande artère des Communications entre les différentes parties du territoire, l'idée de navigation était étroitement liée ä celle de voyage. Aussi, a-t-on déjà observe que les verbes exprimant cette idée de voyage sont indifféremment détermines par les signes de la locomotion, les jambes en marche, ou par celui de la navigation, une espèce de barque.

Deux termes principaux sont employés ä propos du mouvement apparent des astres; le premier est [glyphs] (copte zoi, navis), le second est précisément le groupe donne par notre texte [glyphs], en lettres coptes skxtt; l'un et l'autre se rencontrent non moins fréquemment avec le déterminative de la marche. Nous citerons quelques exemples de l'emploi du dernier groupe pour exprimer la marche des étoiles et des planètes. On lit au Rituel funéraire ces paroles mises dans la bouche du défunt [glyphs]8, Je vois naviguer la sainte étoile Sahou traversant l'abime Céleste.

— 102 —

Mr. de Rouge a note la singularité de la formule relative ä la marche de la planète har-em-khou (Mars) dont il est dit quelle navigue ä reculons: [glyphs]9.

Le mouvement du soleil est exprime également par le même terme, ainsi qu'on peut le voir, en lisant le chapitre 107 du Rituel, qui décrit la région de la porte Orientale du Ciel: [glyphs]10 leu ou soleil navigue avec des vents funestes. Souvent le corps de l'astre, [glyphs], globe ou disque, est indique comme véhicule. C'est ce que montre la petite litanie au soleil couchant comprise au chapitre XV du livre funéraire: le soleil y est invoque sous le nom d'Esprit voyageur naviguant dans son globe, [glyphs] La même idée est encore plus complètement exprimée dans le bel hymne du papyrus No. VII de Berlin, dont je prépare une traduction complète: [glyphs]11 son globe navigue au sein de la déesse Nou (le ciel).

Nous sommes donc bien sûrs du sens du groupe [glyph], qui se dit également de la navigation ordinaire, ainsi qu'on peut le démontrer par de nombreux textes, parmi lesquels je citerai seulement le pronostic du Calendrier Sallier relatif au 22 de paophi12; c'était un jour funeste; il ne fallait pas aller sur l'eau, car

[glyphs]13

[Coptic]14

Quiconque navigue sur le Nil, ce jour-la, est mis en pièces par la langue du crocodile.

Ainsi donc et sans aucune ambigüité, notre précieux texte attribue ä la terre un mouvement pareil aux mouvements apparents d'Orion, de Mars et du Soleil, c'est-à-dire un mouvement de translation dans l'espace. Cette notion est, du reste, conforme ä l'idée que fait naitre l'expression gouvernail de la terre [glyphs], que la phrase étudiée nous offre également. Meruitens est compare par son humble mais poétique solliciteur au gouvernail qui conduit, dans les régions de l'espace, la barque de notre planète et c'est ä la volonté de ce personnage ([glyphs] secundum voluntatem tuam), que la terre circule.

Dans ce rôle cosmique, Meruitens est appelé le second frère de Thoth, c'est-à-dire du grand organisateur de l'univers, car, au dire d'un hymne du Musée de Turin, dont Mr. — 103 — Devéria m'a communique quelques passages, c'est le dieu des lettres et de l'intelligence qui a établi l'harmonie des cieux, qui a fait tout ce que contient le monde, et qui l'a éclaire lorsqu'existaient les ténèbres et que l'astre solaire n'y était pas encore: [glyphs]. Ce texte qui nous parle d'une époque de chaos et d'obscurité qui aurait précède la création du soleil mérite aussi une attention particulière. Le pharaon à qui Meruitens avait réfère de la plainte est nomine par le papyrus Neb-ka-ra, [cartouche]. Il occupe le 45e rang dans la table de Saqqarah, récemment publiée par Mr. Mariette. D'âpres les arrangements de ce monument, Neb-ka-ra serait antérieur à la construction des grandes pyramides, c'est-à-dire que, pour le moment, le mieux est de ne pas chercher a chiffrer cette prodigieuse antiquité. Quant aux papyrus de Berlin ils appartiennent ä un type graphique plein et lourd, quoiqu'assez cursif, dont l'analogue n'existe pas dans les manuscrits du Nouvel-Empire; ces documents se caractérisent aussi par des formes archaïques de style dont j'ai fait ressortir quelques particularités. Je les ai appelés: récits d'il y a 4000 ans; je m'en tiens la et je fais ressortir ce point important qu'il y a 4000 ans, les Egyptiens savaient que la terre se meut dans l'espace et ne craignaient pas d'attribuer la connaissance de ce fait astronomique aux générations qui les avaient précèdes de bien des siècles, et dont la sagesse leur avait transmis ces traditions que recommande le traite de Morale du vieux Ptah-hotep, sous le nom de [glyphs]15 parole d'auparavant, parole du passe.

Il ne nous est pas encore donne d'apprécier toute l'étendue des pertes que la civilisation a faites dans le grand naufrage de la science égyptienne; mais de temps ä autre, nous en retrouvons de précieuses épaves. Déjà les anciennes dynasties se recomposent et se classent, et cette époque si reculée qui vit construire les pyramides et que des critiques malavisés ont nommée l'âge des fantômes, se révèle à nous par une série bien combinée de monuments. La ne s'arrêteront pas les conquêtes de la science nouvelle, et si, naguère, un savant professeur a pu dire des faits révèles par l'étude des antiquités égyptiennes: Qu' y a-t-il d'historique dans tout cela?, à notre tour et beaucoup plus justement pourrons-nous demander, dans un avenir prochain: Qu' y a-t-il d'historique en detors de cela dans les traditions relatives aux premiers âges du monde?

Chalon-sur-Saone 15. Sept. 1864.

F. Chabas.


FOOTNOTES

1 Diod. Sic, 1, 98; Strabon, 1, 16. 17.

2 Strabon. 1. 69.

3 Diod. Sic, 1, 81.

4 Zeitschr. des D. M. G. IX, p. 502.

5 Denkm. VI, 110. Revers, lig. 10, 11 et 12.

6 Ibid. VI, 113, I. 18-41.

7 Voir mes ouvrages intitules: Les papyrus de Berlin, Chalons/S, 1863 et Mélanges égyptologiques, 2e série, Chalon s/S, 1864.

8 Todtb. 1, 18.

9 De Rouge, Sur les noms égyptiens des planètes, p. 13.

10 Todtb. 107, 2; Conf. 149, 6.

11 Pap. Berlin VII, 1.56.

12 Pap. Sallier IV, pl. 6, I. 5.

13 Copte lxs.

14 Copte sotzi.